->Le cinéma parlant est inventé depuis 1927 (Le chanteur de jazz). L'ensemble de la production mondiale est parlant.
Chaplin, comme il l'avait déjà fait avec Les lumières de la ville (1931), persiste à réaliser
un film non parlant mais sonore.
Plusieurs raisons expliquent son choix :
- Préserver l'esprit du personnage du vagabond qui repose sur l'art de la pantomime.
- Garder le mystère du personnage de CHARLOT que la voix synchrone risquerait de tuer.
- Continuer à être le cinéaste d'une expression visuelle essentiellement.
Le personnage de Charlot disparaîtra après Les Temps modernes.
Des révolutions techniques auront cependant raison du personnage de Charlot :
- La pellicule Panchromatique (à la place de l'orthochromatique) plus fine et plus précise révélant un Charlie Chaplin vieillissant.
- Le passage du 16 images/secondes au 24 images/secondes, nécessaire à la bande son, qui ralenti le rythme des mouvements et
les rend plus "coulés". La démarche et la "gestuelle" de Charlot s'en seraient trouvées complètement transformées.
Cependant, Les Lumières de la ville tout comme Les Temps modernes sont des films de transition vers le cinéma
parlant que va rejoindre Charlie Chaplin avec son film suivant Le Dictateur (1940)
Dans Les Temps Modernes
Un certain nombre de voix du film cessent d'être sous-entendues et passent réellement par le haut parleur qui diffuse
la bande sonore : circuit de surveillance vidéo du patron, pavillon d'un gramophone (machine à manger), cadran d'une radio
(prison).
Il y a donc dans le film, deux types de voix :
- Celles qui sont émises en "direct" par les personnages et que l'on continue, comme au temps du muet, à ne pas entendre (elles
sont lues sur des cartons).
- Celles qui sont "retransmises" par des appareils et donc vraiment entendues : écran vidéo du patron, gramophone, radio.
LA PROGRESSION DU RÉCIT
Générique et prologue
Le générique se déroule sur l'image d'un cadran d'horloge. Le TEMPS est bien la mesure
fondamentale du film, conçu comme un carcan, une camisole destinée à broyer l'individu dans les ressorts du machinisme, à
le soumettre aux impératifs de la productivité.
Le comique naît du heurt entre cette infernale et mécanique logique temporelle et
les réactions de Charlot pour échapper à l'emprise aliénante de ce temps.
Le prologue sert, par une métaphore (les moutons) ayant valeur de symbole, à
incarner l'espace aliénant de l'usine, du culte de la machine et de la conception de l'ordre qui en découle.
Première séquence
L'usine ou l'homme souffre-douleur du travail à la chaîne.
1. Le travail à la chaîne.
2. La machine à déjeuner.
3. Les cadences.
Les cadences qui font "débloquer" CHARLOT (il se transforme en machine désirante), seule manière de le faire échapper
au rythme de travail qui le broie.
Deuxième séquence : "Guérir" dit-il
La sortie de l'hôpital livre Charlot au stress de la rue et de la vie, cela le conduira en prison. Le personnage de
La gamine en est également une victime.
1. La rue : L'impossibilité de marcher droit dans le monde tel qu'il est.
- Charlot meneur involontaire, embarqué
en prison.
- La gamine incarne l'autre versant de
la misère.
2. La prison :
- Charlot est encore en position de
"décalé", ne pouvant marcher au pas.
3. La rue, les manifestations, la mort du père de la gamine.
4. Libération de Charlot.
Troisième séquence : le difficile apprentissage de la liberté
1. Charlot trouve du travail sur un chantier naval, mais sa maladresse le
fait s'exclure lui-même.
2. Charlot rencontre la gamine qui vole une miche de pain.
3. Charlot mange dans une cafétéria.
4. Charlot et la gamine dans un fourgon ; ils s'échappent.
5. Rêve et réalité devant un petit pavillon, incarnation du modèle de
l'american way of life.
6. Au magasin.
Quatrième séquence
1. Charlot sorti de prison, rejoint la gamine dans le cabanon "paradisiaque"
2. Retour à l'usine puis rembarqué.
3. Le café dancing.
4. Epilogue. Charlot et la gamine sur la route. Leur logement c'est l'ailleurs,
le passage.
*****
A sa sortie aux États-Unis, le film aura un succès mitigé, on accusera Chaplin de sympathie avec
le communisme. En Allemagne, le film sera interdit par Goebbels. Il reçoit cependant un accueil enthousiaste en France,
en Angleterre et en URSS
C'est la dernière fois que Chaplin endosse le personnage de Charlot sans
distanciation. Désormais il se dédoublera dans Le Dictateur et Monsieur Verdoux,
tour à tour bourreau et victime.
"Les temps modernes est bien plus qu’une satire de la machine : C’est une vision plus subtile de ce monde moderne où l’homme,
jouet de la machine dont il ne connaît qu’un rouage, de lois mystérieuses, de mouvements politiques dont il ignore la portée,
sent le réel lui échapper et poursuit comme une chimère un rêve qui devrait être à sa portée. Ce sévère réquisitoire est
exprimé par le chemin de l’art le plus accessible aux foules. Une comédie dont nous avions perdu la qualité qui s’appelle
la pantomime, art véritable qui se passe de faux artifices et n’appartient qu’aux grands artistes."