Barry Lyndon


STANLEY KUBRICK
1975

PRODUCTION                                Stanley Kubrick - Hawk Films - Peregrine

DISTRIBUTION                             Columbia - Warner Bros

SCÉNARIO                                     Stanley Kubrick d'après le roman de W.M. Thackeray :

                                          Les mémoires de Barry Lyndon

RÉALISATION                                 Stanley Kubrick

CHEFS OPÉRATEURS                       John Alcott, Paddy Carey

MUSIQUE                                        Schubert. Vivaldi. Bach. Haendel. Mozart. Purcell.

                                                        Airs traditionnels Irlandais.


INTERPRÈTES

Ryan O'NEAL

Redmond Barry

Marisa BERENSON

Lady Lyndon

-> 250 jours de tournage en Grande-Bretagne, Irlande et RDA. Le budget prévisionnel de 2,5 millions de dollars s'est transformé en budget final de 11 millions de dollars.

En 1976 il se voit attribuer 4 Oscars aux États-Unis décoration, costumes, adaptation musicale, image). Le film ne connaît le succès qu'en France, ailleurs, c'est un échec financier.




LE TRAVAIL SUR L'IMAGE

Stanley Kubrick voulait que ce soit d'une certaine façon un documentaire sur le XVIIIe.
Le film fut tourné en décors naturels, dans des lieux authentiques malgré la préférence de Kubrick à travailler en studio. Le château de la famille Lyndon : Hackton Castle, est composé d'un puzzle de quatre demeures historiques situées aux quatre coins de l'Angleterre.

Le travail sur les costumes procède de la même démarche : copie fidèle de costumes anciens ou utilisation de costumes authentiques.

Ce qui frappe fortement l'imagination, c'est le travail de la composition plastique : références picturales et travail du chef opérateur.


L'ÉCLAIRAGE EN INTÉRIEURS


Le travail du chef opérateur John Alcott a marqué une date dans l'histoire du cinéma contemporain, en particulier dans les scènes de nuit. Il a opté pour la lumière naturelle de l'époque : la bougie. Ce choix esthétique fut rendu possible par l'évolution de la technique : progrès dans l'optique, progrès dans la fabrication de la pellicule (émulsions), progrès dans le traitement en laboratoire.

La nécessité d'un objectif à grande ouverture a obligé l'équipe technique à modifier la caméra par des "bricolages" qui durèrent 3 mois !

C'est dans les scènes de jeu, par exemple où Lord Ludd, entouré de ses maîtresses (hommage à Watteau) affronte Balibari et Redmond, ou encore la scène de la rencontre avec Lady Lyndon, que le procédé atteint son effet maximum : la chaude lumière des bougies sur les lustres, le chatoiement des costumes, les visages maquillés des hommes et des femmes créent sous nos yeux un monde totalement autre.

L'utilisation d'un grand nombre de bougies dans des endroits plus modestes que des palais donne le même effet mais est moins cohérent du point de vue de la vérité historique.

Le tournage en "basse lumière", l'emploi d'un objectif à grande ouverture, le traitement "poussé" du négatif en laboratoire donnent par ailleurs un effet esthétique : la création d'un grain sur l'image (différent de l'effet de tramage assez souvent employé)


L'IMAGE EN "EXTÉRIEURS"

Barry Lyndon est le premier film à nous avoir proposé de superbes paysages, d'admirables ciels, dignes du pinceau de Constable, où l’œil voit vivre la lumière et le vent.
C'est seulement depuis peu de temps que la pellicule permet des écarts d'exposition (par le passage d'un nuage par exemple) et la variation de la lumière naturelle.

Il faut remarquer aussi les "basses lumières" (crépuscules, brumes), ainsi que les lumières rasantes de fin de journées.

On doit signaler également l'utilisation de l'objectif à focale variable (ZOOM) Angenieux 25/250, mis au point à la fin des années cinquante.

Dans Barry Lyndon, de nombreux plans-séquences sont conçus pour l'emploi du zoom (souvent un zoom arrière, partant d'un détail en gros plan et agrandissant le cadre, accompagné souvent d'un travelling ou panoramique combiné) : parade des soldats anglais, duel contre Quin, enterrement de Bryan... Ces plans-séquences ont une grande fluidité et une grande homogénéité.

***
Barry Lyndon est un film qui ne se contente pas d'être la mise en image d'un texte ("écranisation" comme disent les cinéastes soviétiques) pas plus que la mise en scène d'un dialogue, un très large part de l'histoire nous est racontée par l'image et par l'image seule, rehaussée par des effets sonores et musicaux.

L'importance narrative et émotionnelle de l'image est constante dans Barry Lyndon



Nous retrouvons, ici, la grande narration cinématographique héritée du cinéma muet.

LE RÔLE DU COMMENTAIRE


Stanley Kubrick combine deux récits parallèles mais non équivalents :
            - Une histoire racontée en images
            - Un commentaire parlé et un commentaire musical.

L'emploi du commentaire est fréquent chez Kubrick (Lolita, Orange mécanique, Les sentiers de la gloire, Docteur Folamour).

Dans Barry Lyndon, le commentaire permet d'éviter des dialogues et des scènes d'information, il permet également de préciser les lieux et les dates. A l'occasion , ce commentaire se fera ému, ironique, polémique, résigné, en fonction des scènes. Il arrive parfois que le commentaire soit en concurrence avec le récit en images et même le contredise.

L'IMPORTANCE DE LA MUSIQUE


La musique a toujours été importante dans les films de Kubrick (2001 et Le beau Danube bleu de Strauss, A Clockwork Orange et Beethoven ...). Stanley Kubrick a toujours insisté sur la musique non seulement comme accompagnement de l'image mais comme mode de communication. Kubrick vise un cinéma qui fonctionne au niveau de l'affectivité.

Kubrick a fait appel au compositeur américain Léonard Rosenman pour arranger les thèmes classiques qu'utilise le film : Sarabande de Haendel, Barbier de Séville de Paisiello, Hohenfriedburger de Frédéric le Grand, Trio avec piano, Opus 100 de Schubert, Concerto en ut mineur, BWV 1060 de Bach.

Dans Barry Lyndon on trouve deux types de musique :

- Musique diégétique qui appartient à l'action du film (marches militaires, musiques de concerts, musique de danse).
- Musique commentaire ou expressive par laquelle le réalisateur souhaite faire passer un climat poétique, une émotion.


Barry Lyndon est l'un des rares films où la musique joue un rôle aussi important pour la narration et le climat de l’œuvre.


Barry Lyndon est tout autant un concert classique qu'un musée de peinture.

Maurice Fleuret



Le commentaire parlé et le commentaire musical permet l'économie des dialogues qui sont surtout le fait des personnages secondaires.

Le film s'achève en montrant des personnages taciturnes, perdus dans leurs pensées et leurs rêves. Ce qu'ils ont vécu les a menés à un point où le langage est vain, désormais.


REGARDS CRITIQUES

Ce qui fait le prix de ce film (...) c'est la manière dont Stanley Kubrick explore le XVIII° siècle, l'analyse, le recrée et le met en images. (...) C'est le prodigieux voyage dans le temps qu'il nous offre. (...)

Jean de Baroncelli
Le Monde
9 Sept. 1976

Chaque plan est un enchantement. Elégance et intelligence; saveur du dialogue ; vivacité du rythme ; et surtout raffinement dans la somptuosité... Stanley Kubrick avec Barry Lyndon nous donne un autre chef-d’œuvre. (...) Barry Lyndon vaut moins par la fidélité au roman de Thackeray et à la civilisation européenne, et particulièrement anglaise, au XVIII° siècle que par la fidélité de Kubrick à Kubrick ... Brave garçon tendre et loyal, Barry Lyndon, à l'école de ce monde, devient pillard et paillard, traître, espion, déserteur, ivrogne, brutal et maquereau. Bref : un gentleman.
Thackeray ricane, Kubrick éclate de rire...

Jean-Louis Bory
Le Nouvel Observateur
13 Sept. 1976

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